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Regest

Die Vertreter Preußens und Russlands geben Erklärungen betreffend die neapolitanische Frage ab. Verhandlung über den Vorschlag des österreichischen Außenministers Metternich, kein Mitglied des Mächtekonzerts möge isoliert in Verhandlungen mit der Regierung des Königreichs beider Sizilien treten.

Anwesende CARAMAN · FERRONNAYS · GOLOVKIN · HARDENBERG · KAPODISTRIAS · KRUSEMARCK · LEBZELTERN · METTERNICH · NESSELRODE · STEWART
Bezeichnung Journal
Dokumentenart Originaljournal
Ort/Datum Troppau, 29. 10. 1820
Signatur Wien, ÖStA, HHStA, Staatskanzlei, Kongressakten, Kart. 21, Fasz. 38 (alt), 7–8
Stückbeschreibung

Eigenhändiges Journal von Friedrich Gentz

Im Dokument Textverlust durch Restaurierung.

Vgl. gedruckte Quelle Alberti, Atti, S. 338-339.
Bezeichnung Anlage 1: Preußische Denkschrift
Dokumentenart Ausfertigung
Ort/Datum Troppau, 29. 10. 1820
Signatur Wien, ÖStA, HHStA, Staatskanzlei, Kongressakten, Kart. 21, Fasz. 38 (alt), 9–10
Stückbeschreibung

Ausfertigung

Vgl. gedruckte Quelle Alberti, Atti, S. 339-340.
Bezeichnung Anlage 2: Instruktion für den preußischen diplomatischen Vertreter in Wien
Dokumentenart Abschrift
Ort/Datum Berlin, 8. 10. 1820
Signatur Wien, ÖStA, HHStA, Staatskanzlei, Kongressakten, Kart. 21, Fasz. 38 (alt), 11–22
Stückbeschreibung

Abschrift

Textverlust durch Restaurierung.

Vgl. gedruckte Quelle Alberti, Atti, S. 340-346.
Bezeichnung Anlage 3: Erklärung Russlands
Dokumentenart Ausfertigung
Ort/Datum Troppau, 27. 10. 1815
Signatur Wien, ÖStA, HHStA, Staatskanzlei, Kongressakten, Kart. 21, Fasz. 38 (alt), 23
Stückbeschreibung

Ausfertigung

Vgl. gedruckte Quelle Alberti, Atti, S. 347.

Text

Abschnitte

Hand: Friedrich Gentz

[Bl. 7r]

Journal des Conférences
Nro 2.

Dimanche 29 Octobre 1820.

Mr. le Prince de Hardenberg, Chancelier d’Etat de S. M. le Roi de Prusse, et Mr. le Comte de Nesselrode, Secrétaire d’Etat de S. M. l’Empereur de Toutes les Russies, ont assisté à la séance de ce jour.

Mr. le Prince de Metternich a demandé à Mrs. les Ministres des autres Cours s’Ils avoient quelques observations à communiquer sur les pièces dont le Cabinet Autrichien avoit fait part à la première séance.

Mr. le Prince de Hardenberg a fait alors lecture des observations ci-jointes sub Litt A, ainsi que de l’instruction envoyée par sa cour au Ministre de Prusse à Vienne en date du 8 Octobre, laquelle se trouve également ci-jointe (sub B).

Mr. le Comte de Nesselrode a fait part, au nom du Cabinet de S. M. l’Empereur de Russie, d’une déclaration préalable, ci-jointe sub Litt C, annonçant de plus amples[Bl. 7v] développemens sur les questions mises en avant par le Cabinet Autrichien.

Mr. le Prince de Metternich a fixé l’attention de la conférence sur un objet que le Cabinet Autrichien regarde comme étant d’un intérêt commun et d’une haute importance.

Les conférences ouvertes à Troppau dans une des conjonctures les plus graves pour le sort de la Société devant être regardées comme un foyer de lumières commun aux Cinq Cours, le Cabinet Autrichien croit devoir faire observer aux autres Cabinets, Ses Alliés, que le Gouvernement révolutionnaire de Naples prend à tâche d’envoyer aujourd’hui des Agens dans les lieux où il n’existe pas de sa part des missions régulières et avouées comme dans ceux où on est décidé à ne point en admettre, qu’il se met en correspondance directe avec tous les Ministères, et que par cette double tactique il se ménage les moyens de recevoir des rapports et des informations de ses agens avoués ou secrets.

Les Représentans des Cinq[Bl. 8r] Cours résidant à Naples ont dès les premiers jours de Juillet pris la sage résolution de se constituer en conseil afin d’éviter qu’en aucune manière il put naître de la divergence ni dans leurs explications, ni dans leurs démarches respectives envers le gouvernement Napolitain. Cette sage mesure a produit jusqu’à cette heure à Naples le meilleur effet, en faisant éviter à ces Ministres de se compromettre individuellement et de même de compromettre leurs cours respectives.

Plus cette mesure offre d’utilité à la bonne cause, plus le nouveau Gouvernement révolutionnaire s’efforcera de se soustraire à cette gêne ; et il en trouveroit le moyen par des explications isolées qu’il pourroit provoquer dans les différens pays où il envoit des Agens.

Afin de rendre vaine cette tentative, ainsi que les espérances que ce Gouvernement ne manqueroit pas d’y appuyer, et qu’il sauroit au besoin soutenir par les armes du mensonge, le Cabinet Autrichien propose aux quatre autres Cours de se promettre réciproquement que durant la[Bl. 8v] réunion de Troppau aucune d’entr’elles n’entrera isolément en explication quelconques vis-à-vis du Gouvernemen<t> de Naples ou de ses agens ; que, conformément à cette promesse, elles concentreront dans les présentes conférences les informations qui leur arriveroient de Naples, de même que les insinuations qui pourroient leur être faites ; et qu’enfin elles ne passeront point à des réponses ou même à des explications, à moin<s> qu’au préalable celles-ci n’aient été portées à la connoissance de la conférence.

Sur la demande de Mrs. les Ministres des autres Cours M<r.> le Prince de Metternich a fait consigner par écrit cette proposition, telle qu’elle est insérée ici.

Lu et certifié

à la Séance du 7 Novem<bre>

Gentz

Hand: Anonyme Hand

[Bl. 9r] A

Troppau ce 29 Octrobre 1820

Le Cabinet Prussien a voué la plus sérieuse attention au contenu du Mémoire que Mr. le Prince de Metternich a présenté à la Conférence le 23 de ce mois.

Il en faudroit bien moins que les considérations exposées dans ce mémoire pour donner au Cabinet Prussien, s’il ne l’avoit déjà eue, la conviction entière que la révolution de Naples ne sauroit sous aucun rapport rester étrangère à la politique, à la juste sollicitude et aux calculs les plus indispensables des Puissances alliées.

Toute la pensée de Sa Majesté le Roi de Prusse sur les causes et le principe de cette révolution, sur le moyen par lequel elle a été opérée, et sur les conséquences qu’on doit en redouter, se trouvant exprimée dans les instructions données au Ministre de Sa Majesté à la Cour de Vienne, le Cabinet Prussien, pour ne pas se répéter inutilement, croit devoir aujourd’hui soumettre ces instructions dans toute leur étendue à Messieurs les Plénipotentiaires actuellement réunis.

La Conférence y trouvera les questions de savoir :

- Si les Puissances ont le droit d’intervenir dans les affaires de Naples ?

- Si l’Autriche a été fondée à prendre les mesures de précaution[Bl. 9v] qu’elle a adoptées ? et

- Si cette Puissance peut se croire autorisée à réclamer l’appui moral de ses Alliés ?

Assez amplement traitées pour qu’il ne reste au Cabinet Prussien rien à ajouter à cet égard.

Si, en invitant ses augustes alliés à Lui accorder leur appui moral, Sa Majesté l’Empereur d’Autriche s’est cru tenu à leur offrir des garanties de la pureté de Ses intentions et du désintéressement de Ses vues, le Cabinet Prussien hésite d’autant moins à juger suffisantes celles que présente le mémoire Autrichien que les alliés possèdent à cet égard une garantie bien supérieure à toute protestation dans le caractère et les principes de l’auguste Monarque, qui n’a pas hésité à s’armer seul pour une cause que tous les Gouvernemens de l’Europe, qui ont encore une existence légitime à défendre, doivent reconnoître pour la leur.

Quant aux formes, sous lesquelles on voudra énoncer ou manifester un accord de vues et de principes entre l’Autriche et ses alliés, la Prusse accorderoit la préférence à celle qui seroit le moins susceptible de laisser subsister aucun doute sur la[Bl. 10r] sincérité et l’intégrité de cet accord. Elle concourroit par conséquent de grand cœur à une déclaration solennelle, tendant à professer à la face de l’Europe les principes sociaux et les vues conservatrices et tutélaires des Puissances alliées. Mais ne méconnoissant pas les difficultés que quelques-unes de ces Puissances rencontrent à cet égard, la Prusse n’hésitera pas à acquiescer à toute autre forme propre à amener une unanimité, au défaut de laquelle aucune déclaration, quelle qu’en fût la forme, ne pourroit entièrement remplir son but. Voudra-t-on que l’Autriche parle seule au public, en rapportant ses résolutions et ses mesures aux principes et aux traités qui la lient avec ses alliés ? Ou bien jugera-t-on convenable que ces derniers n’émettent leurs avis que par des ouvertures qu’ils adresseroient séparément aux Cours de l’Europe par les voies ordinaires de la diplomatie ? Dans les deux cas la Prusse, toujours prête à sacrifier son opinion particulière à l’accord commun, ne feroit aucune difficulté d’adopter la proposition qui réuniroit les suffrages des autres Cours alliées.

Si après l’affranchissement du[Bl. 10v] Souverain légitime de Naples les bons offices des Puissances alliées peuvent être jugés nécessaires ou utiles pour rasseoir un régime légal sur des bases solides et équitables, la Prusse ne refusera pas les siens, et elle est dès aujourd’hui prête à ouvrir des délibérations à ce sujet et à les étendre aux deux propositions faites préalablement par l’Autriche : l’une, qu’il soit établi dans le Royaume de Naples une armée d’occupation au nom et sous la responsabilité de la totalité des Puissances alliées ; l’autre, de faire servir à cette même époque l’intervention des alliés à rétablir ou à déterminer pour l’avenir le sens et la valeur des stipulations secrèttes du traité de 1815 entre Leurs Majestés l’Empereur d’Autriche et le Roi des deux-Siciles.

Hand: Anonyme Hand

[Bl. 11r] B

Instruction pour le Ministre du Roi à la cour de Vienne

Berlin le 8 Octrobre 1820.

Votre Excellence connait à fond l’impression que le Roi, notre maître, avait conçue, et le jugement que Sa Majesté a porté de la révolution d’Espagne, qui a offert à l’Europe surprise l’exemple d’une poignée d’officiers conjurés et de soldats séduits, disposer non seulement de l’autorité du Roi mais de l’ordre légal tout entier, attaquer la royauté bien plus encore que la personne du Roi, imposer à main armée une constitution1 à leur prince et à leur nation, décorer leur crime du nom de vertu, appeler le parjure un devoir, la révolte un dévouement, faire tenir le même langage à leurs concitoyens égarés et à leur Roi avili, demander et recevoir l’éloge et les récompenses dus à la fidélité.

À cette époque, les principes conservateurs de justice et d’ordre, qui servent de base au grand système Européen, auraient incontestablement[Bl. 11v] autorisé et semblaient devoir engager les Alliés à se prononcer avec force contre ce renversement de toutes les idées et de toutes les loix.

Aussi Sa Majesté l’Empereur de Russie, provoqué en son particulier par une notification dans laquelle on avait osé énoncer la supposition injurieuse que ce Souverain applaudirai<t> à l’œuvre impie qui attaque jusqu’aux racines de l’ordre social, crut devoir à sa dignité de condamner hautement les principes et les moyens de la révolution d’Espagne et, en le faisant, Il n’exprime que ce que sentaient et pensaient ses augustes alliés. Si ceux-ci, non aussi directement interpellés de parler, préféraient de garder le silence, ils y étaient portés par des considérations graves et, à leurs yeux, impérieuses. Ils pensaient qu’un langage quelconque ne mènerait guères au but s’il n’était appuyé par des moyens d’action, et toute action était difficile, pour ne pas dire impossible. On ne pouvait atteindre[Bl. 12r] l’Espagne ; on ne le pouvait du moins que par la France et avec elle. Mais dans la situation politique où cette dernière se trouvait, toute tentative de ce genre, faite de sa part ou de celle des alliés, aurait compromis sa tranquillité ; or cette tranquillité importait plus aux alliés et au monde civilisé que tout le reste. Le premier intérêt comme le premier devoir était de la maintenir à tout prix.

En effet, la situation géographique de l’Espagne et son état moral devant la faire envisager comme également inaccessible aux armes et aux conseils des alliés, ceux-ci pouvaient se croire bien fondés à préférer à la chance peu propice que leur présentait une intervention que l’amour propre blessé ou compromis des Espagnols, ainsi que leur jalousie et leur méfiance contre les étrangers, devaient selon toute proba<bi>lité rendre ou inefficace ou nuisible celle de voir expirer dans ses propres excès un jacobinisme enfanté par la révolte militaire.

[Bl. 12v]

L’Europe était à peine un peu revenue du juste effroi que lui avait causé le bouleversement de l’Espagne lorsqu’un bouleversement encore plus inattendu, plus criminel dans son principe, plus révoltant par ses circonstances, plus dangereux dans ses effets, est venu lui révéler toute l’activité de la contagion et lui montrer à nud toute l’étendue et toute la grandeur du mal qui menace la civilisation.

La révolution de Naples, avant d’être opérée par les bras des soldats, avait été préparée par une société secrète,2 et cette circonstance, qui la distingue principalement de celle d’Espagne, suffirait seule pour la rendre beaucoup plus dangereuse. Ces sociétés secrètes, le dissolvant le plus actif des corps politiques, aussi criminelles dans leurs buts que dans leurs moyens, marchent d’autant plus sûrement qu’elles marchent à l’ombre, souminent dans toute l’Europe les trônes pour les renverser un jour plus facilement, et forment une puissance[Bl. 13r] d’autant plus redoutable qu’elle est invisible, mystérieuse, et qu’elle dirige et porte ses coups sans qu’on puisse le plus souvent ni les prévoir, ni les éviter.

Depuis longtems l’existence de ces sociétés était dévoilée aux gouvernemens d’Italie, mais on ne connaissait ni leur nombre, ni leurs forces, ni leurs plans d’exécution jusqu’au moment où elles ont fait à Naples l’essai le plus soudain et le plus terrible de leur pouvoir. L’affinité entre ces sociétés et les fauteurs des idées révolutionnaires qui, sous différentes dénominations, agitent l’Angleterre et la France et font fermenter l’Allemagne n’est plus aujourd’hui un problème, et si le triomphe que les Carbonari viennent de remporter à Naples devenait durable et décisif, l’on ne saurait calculer jusqu’à quel point il doublerait le courage, les forces et l’audace de leurs partisans et de leurs affiliés dans les autres pays. Et il n’est[Bl. 13v] d’armée en Europe que l’on pourrait croire entièrement à l’abri de la séduction que lui présenteroient le succès et l’impunité des conspirations dont la tentative seule – si elle se reproduisait ailleurs – serait un mal incalculable.

La révolution de Naples est envahissante et annonce clairement qu’elle ne pourra, ni ne voudra s’arrêter sur les confins du pays où elle a pris naissance. Déjà les Napolitains ont fait un essai sur Ponte-Corvo et Bénévent, et il n’y a qu’un reste de timidité qui les a empêchés de donner plus de suite à des projets plutôt ajournés qu’abandonnés. En effet, le système des Carbonari, qui ne leur fait rêver rien moins que la liberté absolue, l’unité parfaite et l’indépendance entière de l’Italie leur fait en quelque sorte la loi d’étendre de plus en plus les ravages de leurs principes et de leurs menées. Quelle que soit l’animosité des différentes parties de l’Italie l’une contre[Bl. 14r] l’autre, et les différences qui tiennent à leur ancienne histoire et les portent à l’isolement, les rapports de ressemblance de la langue, du caractère, de la façon de voir et de sentir ne peuvent, dans le moment d’une effervescence générale, que trop facilement l’emporter sur ces différentes causes de désunion et faire germer dans toutes les têtes les mêmes idées et les mêmes espérances.

Tout se réunit donc à imposer aux Souverains alliés, aux gardiens naturels de l’ordre social et de la liberté publique, l’obligation de quitter par rapport à l’Italie la ligne de réserve qu’ils s’étaient forcément prescrite pour les affaires d’Espagne. Le but de leur union est de garantir l’indépendance de tous les Etats dans l’enceinte des limites que les traités leur tracent, et la tranquillité des peuples par le maintien de l’autorité légitime. Asseoir la paix générale sur le règne de la justice et la vraie liberté sur la stabilité de l’ordre public, tel est l’objet et l’esprit de leur sainte association.[Bl. 14v] La route du désordre et du crime est tracée ; que le second essai de bouleversement ne soit ni réprimé, ni puni, et d’autres essais suivant, et c’en sera fait de tous les bienfaits et de toutes les richesses de la civilisation.

Ces graves considérations n’ont pas échappé aux Souverains alliés.

Convaincus de la nécessité de mettre un terme aux entreprises révolutionnaires dont Naples venait d’être la victime, ils se sont rencontrés, avant même de s’être concertés, dans deux idées toutes simples : l’une, que l’initiative des propositions à faire et des mesures à prendre devait être abandonnée à l’Autriche ; l’autre, que les Alliés devaient prêter à cette puissance la force morale de leur assentiment et d’un entier concert avec elle.

L’Autriche a non seulement le droit, mais elle se reconnait aussi l’obligation de se charger de cette initiative. La défense légitime d’elle-même et les devoirs de[Bl. 15r] l’Empereur comme Souverain de vastes et riches provinces en Italie3 lui font la loi d’opposer une digue aux flots de la révolution qui ont couvert le royaume de Naples, et de ne négliger aucune précaution pour arrêter la contagion de l’exemple. Les traités particuliers, qui lient l’Empereur au Roi de Naples, ont d’ailleurs créé pour Sa Majesté Impériale des obligations et des titres qui n’existent pas pour les autres Puissances.

L’Autriche a reconnu dès le premier moment de l’explosion et la gravité des circonstances et l’étendue de ses devoirs, ses dangers et ses ressources, les besoins des peuples de l’Italie et les obligations que ces besoins lui imposent. Ses Alliés se plairont à lui rendre la justice de dire qu’elle a senti toute la hauteur du rôle auquel les événemens l’appelaient, et qu’elle s’est placée de prime abord à son niveau. Sa résolution a été prise sans hésitation ; elle l’a communiquée à ses alliés avec une entière et[Bl. 15v] juste confiance, et avec cette franchise qui est inséparable d’une politique désintéressée ; elle s’est hâtée d’exécuter ce qu’elle avait résolu, et dédaignant des calculs timides sur les sacrifices, les dépenses, les difficultés de son entreprise, elle a doublé ses forces par la célérité qu’elle a mise à les déployer.

Aujourd’hui, qu’elle a réuni sur ses frontières une armée formidable et prête à entrer en campagne, la première question est sans doute de savoir quel usage elle en fera. Se contentera-t-elle de couvrir ses provinces, ou ira-t-elle attaquer le mal dans sa source et l’étouffer dans son principe ? Attendra-t-elle qu’on réclame ses secours, ou préviendra-t-elle cette demande dans la crainte que, si elle l’attendait, il ne fût trop tard de les accorder ?

Quels que soyent les espérances, les vœux, les présomptions que l’on attache à ces questions, le triomphe de la bonne cause semble exiger[Bl. 16r] que le calcul des diverses chances que présente cette grave alternative soit abandonné à l’Autriche seule, et qu’on lui laisse l’initiative dans toute son étendue.

Mais que son dessein se borne pour le moment à opposer une barrière aux invasions ultérieures de la révolution, ou qu’elle juge devoir aller en éteindre les feux dans le foyer même, elle ne saurait se flatter d’obtenir des succès complets et durables qu’en appuyant l’emploi de ses forces matérielles de la force morale d’un accord intime, entier et hautement prononcé avec ses alliés.

La cour de Vienne a trop bien senti cette vérité pour ne pas être la première à énoncer le désir de voir, dans la circonstance critique du moment, cet accord de vues et de principes constaté et manifesté de manière à donner à l’Europe entière la conviction que rien n’a ébranlé la force, ni altéré la nature de l’alliance sociale et chrétienne des Souverains, que[Bl. 16v] ceux-ci sont toujours résolus de maintenir le système solidaire de l’Europe tel qu’il repose sur les traités, et de défendre la liberté légale des peuples en défendant les gouvernemens légitimes contre les attaques de la violence et de la perfidie, et que partout où peuvent pénétrer les forces de la grande confédération Européenne, les perturbateurs de l’ordre public trouveront toujours dans les Souverains alliés des juges sévères et, s’il le faut, des vengeurs puissans et inévitables.

La confiance que l’Autriche a dans cette importante occasion montrée à ses alliés ne l’a pas trompée. Elle a recueilli de la part de tous les mêmes témoignages d’approbation et les mêmes preuves de cette identité de principes et de sentimens qui fait aujourd’hui la principale garantie de la sûreté de l’Europe ; elle a rencontré partout la disposition la moins équivoque à regarder la cause dont elle a[Bl. 17r] sans hésitation fait la sienne comme celle de l’Europe entière. Cela devait arriver ; car il ne peut y avoir deux manières d’envisager et de juger l’origine, la nature et les conséquences de la révolution de Naples pour qui ne fonde ses droits que sur ses devoirs, ne considère l’ordre social que dans l’intérêt des peuples, et ne veut maintenir et défendre l’autorité légitime que pour asseoir la liberté générale sur le règne des loix et le bonheur public sur le perfectionnement graduel du méchanisme social. Si, dans l’opinion des Alliés, il s’est manifesté de légères différences, elles n’existent que par rapport à l’application des principes qui sont communs à tous, et aux formes à donner aux délibérations, destinées à amener un concert que tous désirent, que tous regardent comme indispensable.

La Prusse, constamment disposée à tout ce qui peut resserrer les liens qui l’unissent à ses alliés, consolider[Bl. 17v] le nouveau système Européen, calmer ou prévenir l’agitation des peuples, s’est empressée de déclarer à l’Autriche qu’en applaudissant de grand cœur à ses mesures, elle était prête à les seconder par la profession la plus franche et la plus haute de ses principes et de ses sentimens.

L’Empereur de Russie, toujours jaloux de maintenir le grand ouvrage auquel il a si puissamment coopéré, qui ne place rien au dessus du respect des traités et de la foi réciproque des Souverains et des peuples, qui puise les résolutions de sa politique non dans les calculs étroits de l’égoïsme, mais dans les inspirations d’une âme magnanime, et qui ne voit dans les forces puissantes que la Providence lui a confiées que des moyens d’assurer le règne de la justice et de la paix, est allé au devant des vœux de l’Autriche avec le même empressement et la même cordialité. Il a désiré qu’on lui offrit les moyens d’annoncer et de prouver[Bl. 18r] aux ennemis de l’ordre social de la manière la moins équivoque son inébranlable attachement aux principes conservateurs qui servent aujourd’hui de base au système Européen, et sa ferme résolution de les défendre et de les soutenir à tout prix.4

La Russie et la Prusse, ayant par la nature même de leurs gouvernemens les mains libres, peuvent et pourront s’expliquer sans réserve.

Les formes représentatives des monarchies de France et d’Angleterre présentent aux gouvernemens de ces deux Etats dans la politique extérieure souvent des facilités particulières, mais souvent aussi des difficultés qui peuvent rendre leur marche moins décidée, et apporter plus de retenue à leur langage public. Cependant la France, dans cette circonstance importante, n’a pas hésité un moment à se placer sur la même ligne avec les autres Puissances. Elle a été même la première à signaler la nature et l’étendue du danger et les moyens[Bl. 18v] de le conjurer.5

Le gouvernement Français, qui ne fait que sortir d’une lutte avec ses ennemis de l’intérieur où toute sa sagesse et toute sa fermeté ont à peine suffi pour assurer son triomphe, doit sans doute plus que personne avoir la mesure des dangers qui ne sont guères plus les siens que ceux de l’Europe entière.

En effet, s’il voit avec raison le plus grand de tous les dangers dans la réaction inévitable que vont exercer sur la France les nouveaux progrès de cette fureur révolutionnaire qui, pour avoir changé de terrain, n’a changé ni de but, ni de moyens, il doit se croire d’autant plus en droit d’y appeler l’attention la plus sérieuse des Puissances alliées, que depuis longtems celles-ci ont dû se convaincre que c’est plus que jamais des destinées de la France que dépend le salut ou la perte de l’Europe.

Si jusqu’ici le Gouvernement Britannique ne s’est pas prononcé[Bl. 19r] aussi ouvertement, il n’a cependant laissé à ses Alliés aucun doute ni sur la manière dont il juge la révolution de Naples, ni sur les vœux qu’il forme par rapport à cette funeste catastrophe. Et en effet, comment douterait-on de ses principes après qu’il a combattu les radicaux et sévi contre leurs attentats avec une fermeté et une vigueur qui garantissent à l’Europe de quel œil il doit envisager les entreprises du même genre qui ont été conçues et exécutées ailleurs avec le plus déplorable succès. Après avoir si puissamment contribué à briser le joug que la France révolutionnaire et le despotisme de Buonaparte avaient imposé au continent Européen, l’Angleterre restera fidèle à sa haute destination et concourra à sauver ce qui reste de liberté légale en Europe, et à préserver des horreurs de la licence et de l’anarchie des nations qui lui doivent en grande partie l’existence paisible et honorable dont elles jouissent aujourd’hui.

Mais si les Alliés de l’Angleterre peuvent, avec la confiance la mieux[Bl. 19v] fondée, compter qu’elle fera sous ce rapport tout ce qui peut-être censé compatible avec sa position particulière, il est juste, il est indispensable qu’à leur tour ils considèrent et apprécient avec un intérêt bienveillant et impartial cette position particulière qui commande la plus rigoureuse circonspection à un gouvernement placé à côté d’une opposition active et malveillante, exposé dans toutes ses actions et dans toutes ses paroles à des interprétations aussi fausses que malignes, et devant constamment craindre de fournir de nouvelles armes ou de nouveaux prétextes à ceux qui, de bonne foi ou contre leur conscience, confondent sans cesse la liberté avec la licence pour accuser les gouvernemens de vouloir opprimer la première, lorsqu’ils ne font que réprimer la seconde.

En effet, ce serait bien mal payer à la Grande-Bretagne les services qu’elle a rendus à l’Europe et se méprendre entièrement sur la nature de ceux qu’on peut encore se promettre de sa part que[Bl. 20r] de lui refuser sous ce rapport les ménagemens et les déférences qu’elle pourra se croire forcée à demander à ses Alliés.

Quant aux formes, sous lesquelles on peut constater et énoncer l’union constante et l’accord entier des alliés, il s’en est présenté plusieurs qui ont toutes leurs avantages, qui, à des degrés différens, peuvent toutes mener au but que l’on peut concilier ou entre lesquelles on peut choisir.

La réunion qui aura lieu à Troppau offrira un grand moyen de concert ; mais les circonstances l’ayant rendue un peu tardive, l’idée d’ouvrir incontinent des conférences à Vienne et de déposer le plutôt possible dans ce foyer de délibérations la pensée entière des augustes Souverains alliés doit paraître aussi juste et naturelle que conforme aux besoins du moment.

La Cour de France a été la première à énoncer l’idée d’une déclaration unanime, destinée à manifester l’union non altérée des Puissances alliées, à exprimer l’indignation et l’horreur[Bl. 20v] qu’elles ont conçues d’une révolution concertée dans les loges ténébreuses des sectaires et opérée par la révolte militaire, et à faire connaître à l’Europe entière leur intention positive de faire servir leur accord à rétablir la tranquillité de l’Italie sur la base des traités existans, et à rendre au Roi de Naples et à la nation Napolitaine, également asservis par des soldats séditieux et une secte criminelle, la liberté de rasseoir l’ordre public par des voyes légales et d’un commun accord sur des fondemens solides.

Une déclaration conçue dans ce sens ne rencontrerait aucune difficulté de la part de la Prusse qui, jalouse de concourir en tout ce qui dépend d’elle à une unanimité qui est à ses yeux la première condition du salut de l’Europe, donnera son adhésion à tous les termes qui seront proposés par l’Autriche et approuvés par la Russie, et dont le choix pourra également obtenir l’acquiescement et[Bl. 21r] assurer le concours de la France et de la Grande-Bretagne.

Il ne reste qu’à parler des propositions préalables que l’Autriche vient de soumettre à ses Alliés.

Elle désire en premier lieu que ceux-ci s’engagent à regarder le royaume de Naples comme étant dans un état de révolte contre son Souverain légitime, à ne reconnaître aucune authenticité légale aux actes du gouvernement révolutionnaire, à ne recevoir aucun agent de sa part et à n’entrer avec lui dans aucune explication qu’après un concert préalable entre eux.

La Prusse voit pour sa part d’autant moins de difficultés à prendre cet engagement qu’il répond entièrement aux impressions qu’elle a conçues de la révolution de Naples, et qu’elle a du premier moment regardé cet engagement comme tacitement existant. Aussi a-t-elle sans hésitation parlé et agi en conséquence. Le Roi a jugé devoir laisser non-ouverte et sans réponse la lettre par laquelle le Roi des deux-Siciles Lui a notifié[Bl. 21v] le changement que son royaume venait de subir, lettre qui avait été indubitablement dictée à cet infortuné Souverain par le parti même qui l’a asservi à ses vues criminelles. Sa Majesté n’avait jamais douté que ses augustes alliés n’en usassent de même, et Elle a vu avec satisfaction sa supposition se confirmer de toute part.

L’Autriche désire de plus :

1) Que les Ministres des Souverains alliés dans les Cours étrangères soient instruits de tenir un langage uniforme et propre à faire connaître l’accord entier des sentimens des Cours alliées par rapport aux causes et à la nature de la révolution de Naples ; et

2) Que les représentans de ces mêmes Souverains à Vienne soient chargés d’y ouvrir des conférences conjointement avec le Cabinet Autrichien et de déposer dans ce centre commun les idées, les vœux et les déterminations de leurs Cours respectives.

Cette seconde partie des demandes de la Cour de Vienne a été remplie[Bl. 22r] d’avance par la Prusse ou va l’être par la présente instruction qui, tout comme elle expose les idées sur lesquelles ont été fondées les directions données aux Envoyés de Prusse près des Cours étrangères, fera aussi la règle positive et invariable de la conduite que Votre Excellence aura à tenir dans une circonstance aussi intéressante que critique. Vous voudrez par conséquent, Monsieur le Baron, dès ce moment vous regarder comme autorisé à prendre part à la conférence ministérielle qui, si les propositions de l’Autriche sont agréés par tous les Alliés, va se former à Vienne, à y déposer la pensée toute entière du Roi, et à concourir à toutes les résolutions qui, sans préjuger les mesures ultérieures qui pourront sortir de la réunion de Troppau, seraient d’un commun accord censées réclamées par les besoins du moment.

Hand: Anonyme Hand

[Bl. 23r] 29/10 C

Troppau, le 17/29 Octobre 1820.

Mr. le Prince de Metternich demande si les communications qu’il a faites dans la conférence du 23 octobre donneront lieu à quelques observations de la part des Plénipotentiaires.

Mr. le Secrétaire d’Etat Comte de Nesselrode déclare que l’Empereur de Russie a pris connoissance du dernier mémoire Autrichien, et qu’il partage entièrement les vœux énoncés par la Cour de Vienne. D’accord avec Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique,6 il considère comme un devoir sacré le devoir d’opposer une digue au torrent des révolutions ; d’arrêter et d’anéantir dans leur source celles qui menacent d’autres pays d’un débordement funeste ; de déployer une action morale et collective partout où cette action peut[Bl. 23v] produire d’utiles résultats ; d’avoir même recours à la force des armes partout où l’emploi de cette force peut faire atteindre plus rapidement aux Puissances Alliées l’objet de leurs désirs et de leurs obligations. Mais plus il est nécessaire de parvenir à ce grand but, et plus l’Empereur croit essentiel de ne négliger aucun des moyens qu’indiquera la prudence humaine, pour rendre unanime le suffrage des Cabinets Alliés, et pour y associer celui de tous les hommes bien pensans de l’Europe.

Le Ministère russe s’occupe, de concert avec les Cabinets d’Autriche et de Prusse, de cet important travail, et il espère se trouver dans peu de jours en mesure de le soumettre aux discussions de la Conférence.

Zitierempfehlung Protokoll der 2. Sitzung des Kongresses von Troppau. In: Mächtekongresse 1818–1822. Digitale Edition, hrsg. von Karin Schneider unter Mitarbeit von Stephan Kurz, Wien: Österreichische Akademie der Wissenschaften, Institut für Neuzeit- und Zeitgeschichtsforschung 2018. URL: https://maechtekongresse.acdh.oeaw.ac.at/pages/show.html?document=Troppau_Prot_2.xml&directory=editions, abgerufen 14.11.2019.
Verantwortlichkeiten
  • Transkription: Karin Schneider
  • Wissenschaftliche Edition: Karin Schneider
  • Technical Editor: Stephan Kurz
  • Korrekturen: Karin Schneider, Stephan Kurz
  • Beratung Kodierung: Daniel Schopper
  • Beratung Kodierung: Peter Andorfer

Vergleiche auch die Projektbeschreibung in der Einleitung sowie die Dokumentation der Applikation unter „Über diese Webseite“.

Lizenz https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/legalcode.de