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Regest

Der österreichische Staatskanzler Metternich legt seine Ansichten hinsichtlich des diplomatischen Vorgehens der Mächte anlässlich der in Spanien sowie in Portugal ausgebrochenen Revolutionen dar und entwickelt ein Arbeitsprogramm für die Zusammenkunft in Verona.

Bezeichnung Vertrauliche Denkschrift Metternichs
Dokumentenart Ausfertigung
Ort/Datum Verona, 15. 10. 1822
Signatur Wien, ÖStA, HHStA, Staatskanzlei, Kongressakten, Kart. 23, Fasz. 43 (alt), 80–92
Stückbeschreibung

Ausfertigung

Dokument liegt zweifach ein: fol. 81–86 Entwurf von der Hand Gentz; fol. 80, 87–92 Ausfertigung. Edition folgt der Ausfertigung. Konzept ist datiert mit 15. Oktober 1822.

Die angegebene Variante bezieht sich auf das Konzept.

Text

Hand: Anonyme Hand

[Bl. 80r] No. 1.

Mémoire confidentiel sur les affaires d’Espagne et de Portugal

Remis le 15 Octbre aux Cabinets de Russie & de Prusse.

La révolution qui désole depuis deux ans l’Espagne et le Portugal1 est un événement si riche en dangers non seulement pour les pays voisins, mais pour la totalité de l’Europe, que les Souverains alliés, à moins d’être indifférens sur la dignité de Leurs couronnes et sur les premiers intérêts de leurs peuples, ne sauroient le regarder sans les plus vives inquiétudes.

Les deux Etats qui, par un concours de circonstances funestes, ont été atteints de cet épouvantable fléau, différoient essentiellement de ceux dans lesquels les principes de désorganisation sociale ont pris naissance ; et malgré le caractère alarmant que la révolution y a acquis dans ses développemens, cette différence primitive justifie encore l’espérance de la voir s’amortir et s’éteindre finalement[Bl. 80v] chez des peuples dont le caractère, les habitudes et les dispositions paroissoient lui être si peu favorables. Les Puissances alliées doivent se placer dans l’attitude la plus propre à seconder le mouvement rétrograde qui déjà se fait sentir en Espagne ; et c’est à fixer cette attitude que les Cabinets doivent consacrer leurs premières délibérations. Il importe d’autant plus de ne pas se tromper dans ce premier travail que des remèdes appliqués mal à propos pourroient facilemt augmenter et prolonger des maux auxquels il serait si désirable de pouvoir mettre un terme.[Variante i]

Les considérations relatives à cette grande question se placeront naturellement sous les trois points de vue suivans :

1. Position des Puissances envers l’Espagne et le Portugal ;

2. But précis auquel doivent tendre les déterminations de ces Puissances ;

[Bl. 87r]

3. Moyens pour arriver à ce but.

Ad 1. L’union des grandes Puissances a pour base la conservation de tous les droits et de toutes les libertés légitimes. Il suffit de ce fait pour se convaincre que la Péninsule occidentale se trouve, dans son état actuel, en opposition bien prononcée avec le principe fondamental de l’alliance.

Les révoltes militaires de l’Île de Léon2 et de Porto ont été les points de départ de ces deux révolutions. Les changemens opérés dans le Gouvernement depuis cette époque ont reçu du pouvoir légitime une sanction factice qui lui a été arrachée par la violence. Le jour où les Puissances méconnoitroient cette vérité, elles compromettroient l’existence de tous les trônes, la stabilité de toutes les institutions, et par conséquent[Bl. 87v] le repos de l’Europe. Nous n’avons point eu à déplorer jusqu’ici une faute aussi irréparable. Les Cours alliées, lorsque des considérations particulières les ont empêchées de se prononcer d’une manière positive, ont su au moins se maintenir sur une ligne de simple tolérance. Aucun acte de leur part n’a invalidé la force du principe, et nous ne doutons pas que la révolte militaire dans la Péninsule n’eût essuyé depuis longtems le sort de celles de Naples3 et du Piémont4 si les deux Puissances de l’Alliance qui sont soumises au régime représentatif5 ne se trouvoient pas par leur position géographique précisément placées dans la première ligne de toute action matérielle possible sur l’Espagne et le Portugal.

En admettant donc que le jugement porté par les cinq Cours sur la situation déplorable[Bl. 88r] de ces pays soit foncièrement le même, il n’en est pas moins évident qu’un développement énergique et simultané des remèdes à opposer à un mal uniformément senti des remèdes employés avec tant de succès dans deux circonstances semblables devroit rencontrer des obstacles indépendans des lumières et de la volonté des Gouvernemens.

Ces obstacles sont-ils assez puissans pour exclure toute chance de salut ? Nous ne le croyons pas, et nous ne pouvons le croire, sans admettre que le système représentatif, en privant un Gouvernement des moyens de venir au secours de l’ordre social attaqué dans ses bases, lui ôtât en même tems ceux de se garantir des dangers auxquels tôt ou tard il pourroit être exposé lui-même par le contrecoup de ces bouleversemens sur lesquels[Bl. 88v] il auroit fermé les yeux. En reconnoissant que ce que des Puissances plus libres dans leur action eussent pu effectuer ne sauroit être rempli par les Gouvernemens représentatifs ni à un degré égal, ni surtout dans les mêmes formes, nous croyons nous tenir dans les bornes de la raison et de l’expérience.

Ad 2. Le but, auquel les Puissances doivent tendre dans l’intérêt général de l’Europe, comme dans celui des Royaumes de la Péninsule, est celui de vaincre la révolution.

Ce but doit être clairement mis sous leurs yeux, et elles ne doivent jamais le perdre de vue sous peine de voir tourner contre leur propre cause les efforts auxquels le sentiment généreux et éclairé de leurs devoirs les auroient déterminées.

La soidisante Constitution que la révolte militaire a[Bl. 89r] imposée aux deux Rois et à leurs peuples6 doit être annulée, et non pas modifiée. Il s’agit de détruire la révolution ; modifier ce qu’elle a produit, ce serait la sanctionner. Tout secours que les Puissances prêteroient à une aussi fausse mesure porteroit infailliblement un coup fatal à la sûreté et au repos de l’Europe ; les révolutionnaires auroient gagné leurs procès, et les Puissances auroient applani elles-mêmes aux factieux de tous les pays les voies qui les conduiroient à de nouveaux attentats.

Mais s’il ne peut entrer dans l’idée des Cabinets d’accueillir une erreur aussi grave, ils ne songeront pas non plus à faire retomber l’Espagne sous le régime qui y a subsisté depuis 1814 ; régime indéfinissable, également incompatible avec l’intérêt réel du Monarque et le bonheur de Ses[Bl. 89v] sujets ; régime qui a préparé les catastrophes auxquelles nous avons vu succomber l’Espagne et bientôt après le Portugal, et qui en amènerait de semblables partout où le pouvoir aurait le malheur de s’engager dans une route aussi périlleuse.

Il faut sans doute des institutions à l’Espagne et au Portugal ; mais ce n’est pas aux Puissances à les leur donner. C’est le Roi redevenu libre qui doit présider à cette œuvre importante ; c’est lui qui, dans les formes anciennement consacrées, entouré d’hommes dignes de Sa confiance et de celle de la nation, doit chercher non pas dans de vaines théories, mais dans les droits positifs, dans les documens légitimes de l’histoire de Son Royaume ainsique dans les véritables besoins et dans les intérêts permanens de Ses peuples les institutions qui leur conviendront[Bl. 90r] dans les circonstances où ils se trouvent actuellement, très différentes de celles sous lesquelles ils avaient vécu pendant des siècles.

Renverser l’édifice révolutionnaire et remettre le Roi en pleine jouissance de Sa liberté, voilà donc, suivant notre opinion, les deux résultats directs auxquels doivent aboutir les efforts des Puissances ; et sans prétendre qu’Elles renoncent au droit incontestable d’assister de leurs conseils, le Souverain auquel elles auroient rendu d’aussi éminens services, bien persuadées au contraire qu’elles doivent exercer ce droit autant dans l’intérêt général de l’Europe que dans celui de la réorganisation des pays bouleversés, nous regardons toutefois comme indispensable que le Roi soit placé auparavant dans une position qui Lui permette de réclamer[Bl. 90v] ces conseils, et d’en profiter dans la tâche difficile de la reconstruction de Son Gouvernement.

Qu’il nous soit permis d’alléguer à ce sujet quelques lignes d’une instruction adressée par le Cabinet de Vienne à un de Ses Ministres vers la fin du mois de Juillet dernier. Notre pensée s’y retrouve toute entière :

« La contre-révolution est un fait simple, indubitablement du ressort des pouvoirs légitimes, réunissant le droit et la faculté de mettre un terme à des usurpations et à des désordres révolutionnaires. La constitution qui convient à un peuple dans telle position donnée est au contraire une question complexe et difficile, par laquelle le rétablissement de l’ordre dans un pays livré à l’anarchie peut tout au plus finir, mais ne doit jamais commencer. »

Ad 3. Les moyens que les[Bl. 91r] Puissances peuvent employer pour combattre le mal et pour se rapprocher de leur but appartiendront ou à l’action morale ou à l’action matérielle. Les uns et les autres seront plus forts ou plus foibles selon qu’ils auront été mis en œuvre par la totalité ou par une simple fraction de l’alliance.

En fait d’action morale, il se présente un moyen aussi naturel qu’efficace, qui serait l’interruption des relations diplomatiques avec les Gouvernemens en proie aux révolutions. Mais une mesure pareille perdroit beaucoup de sa force et pourroit même entraîner des inconvéniens positifs si elle n’étoit pas simultanément adoptée par tous les membres de l’alliance.

L’action matérielle peut se manifester par des mesures aggressives ou par des mesures[Bl. 91v] de défense. Les révolutionnaires s’empresseront toujours de les confondre pour égarer et dérouter l’opinion. Les Cabinets ne s’y méprendront pas ; et quelques puissent être les résolutions qu’une nécessité évidente ou le cours incalculable des événemens prescriroient à la Puissance placée dans la première ligne de l’action, ils ne manqueront jamais au devoir de renforcer l’attitude de cette Puissance par les démonstrations les moins problématiques du principe de solidarité sur lequel repose l’alliance.

Toute mesure aggressive, proprement dite, que le Gouvernement français pourroit juger à propos d’employer contre la faction révolutionnaire en Espagne, seroit à notre avis accompagnée de très grands dangers pour le repos de Son propre pays. De l’autre côté, tout refus d’appui de la part des alliés en faveur de la France [Bl. 92r] attaquée ou menacée annonceroit la dissolution de l’alliance et le triomphe de la révolution.

En partant de ces principes, les Cabinets auront à travailler dès-à-présent :

1. À s’assurer qu’à l’égard des révolutions d’Espagne et de Portugal les cinq Cours se trouvent placées, autant qu’un concert pareil pourra être constaté ou amené par des délibérations communes, sur une même ligne de jugement et de détermination ;

2. À s’entendre sur les bases générales qui régleroient leur marche dans cette affaire et dont elles feroient l’application convenable dans les cas qui exigeroient leur intervention.

Zitierempfehlung Kongress von VeronaI. Affaires d’EspagneVertrauliche Denkschrift Metternichs. In: Mächtekongresse 1818–1822. Digitale Edition, hrsg. von Karin Schneider unter Mitarbeit von Stephan Kurz, Wien: Österreichische Akademie der Wissenschaften, Institut für Neuzeit- und Zeitgeschichtsforschung 2018. URL: https://maechtekongresse.acdh.oeaw.ac.at/pages/show.html?document=Verona_I_1.xml&directory=editions, abgerufen 11.12.2019.
Verantwortlichkeiten
  • Transkription: Karin Schneider
  • Wissenschaftliche Edition: Karin Schneider
  • Technical Editor: Stephan Kurz
  • Korrekturen: Karin Schneider, Stephan Kurz
  • Beratung Kodierung: Daniel Schopper
  • Beratung Kodierung: Peter Andorfer

Vergleiche auch die Projektbeschreibung in der Einleitung sowie die Dokumentation der Applikation unter „Über diese Webseite“.

Lizenz https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/legalcode.de